L’iztaccíhuatl, la Rodilla

Je n’avais pas écris depuis mon ascension du Cayambe, les émotions que m’ont apporté ma dernière ascension m’ont donné l’envie de vous les partager.

J’ai longuement hésité avant de me lancer seul dans cette expédition, grimper seul, de nuit, n’est pas sans risque, surtout lorsqu’on ne connaît pas le volcan auquel on s’attaque. Pourtant, le vendredi 14 juillet au matin, ma décision est prise, je tenterai de grimper le long du volcan Iztaccíhuatl, le troisième plus haut volcan du Mexique culminant officiellement à 5215m avec pour objectif d’atteindre un « faux sommet », « La Rodilla » qui a pour altitude 5010m, ce sommet me permettrait de passer pour la quatrième fois la barre symbolique des 5000m et me demanderais un effort physique suffisant pour avoir à puiser au moins un peu dans mes ressources mentales.

Je n’ai jamais grimpé seul de nuit, et je n’ai pas grimpé aussi haut depuis le sommet de l’Iliniza Norte (5126m) en Equateur en juin 2022, sauf que je ne démarrerai pas mon ascension comme la plupart des expéditions à l’Iztaccíhuatl par La Joyata mais directement à Paso de Cortés (qui doit son nom à Hernan Cortéz), c’est-à-dire à une distance de 6 kilomètres de La Joyata et environ 1000 mètres plus bas. De là, je camperai à La Joyata et démarrerai mon ascension à 2h du matin (d’après mes sources non officielles l’ascension jusqu’au refuge de los cien me prendrais 4 heures).

Mais voilà, je me lance dans cette expédition parce que je connais mes capacités et je commence à avoir pas mal d’expérience en haute montagne, mais mes expériences passées m’ont aussi appris l’humilité face à la haute altitude, alors pour cette première nocturne en solitaire, je décide de me fixer comme objectif La Rodilla, une ascension qui devrait me prendre environ 5 heures et me permettre d’arriver pour le lever du soleil, j’avais prévu un climat dégagé ce week-end là, même si à cette altitude le temps peut changer très vite

Il me faudra seulement 1h30 pour rallier les 6 kilomètres séparant La Joyata depuis Paso de Cortés, à 14h30 j’installe mon campement et j’essaie de me reposer face à l’Iztaccíhuatl et, tout en observant le volcan et son relief j’essaie de visualiser le chemin que je devrais emprunter, je n’ai qu’une envie, de me changer, de mettre mon casque et de partir, il est bien trot tôt, ou bien trop tard mais je trouve un compromis, je me réveillerai à minuit pour démarrer à minuit trente. Cependant, je ne fermerai l’œil qu’une petite heure, l’excitation et le stress y sont pour beaucoup, mais les clients des expéditions aussi. En effet, là où en Equateur l’ambiance devient sérieuse avant le début des hostilités, ici, j’ai plutôt l’impression d’être au troquet du coin, sans parler des clients qui préparent leur équipement à 20 heures et qui se demandent s’ils serait judicieux d’emmener une batterie de rechange pour leur lampe frontale … Je ne sais pas si je dois rire ou me montrer compatissant envers leurs pauvres guides …

A minuit trente, après avoir prier la Pachamama (je garde cela de mon passage dans les Andes équatorienne) je me lance comme prévu dans l’obscurité de la nuit, par chance, je peux apercevoir les lampes frontales des groupes partit avant moi, ce qui me permet de me conforter dans mon itinéraire, la nuit est étoilé, sans brume, j’ai cette chance que le climat s’annonce comme je l’avais prévu. Je croise de temps à autre un groupe de client emmené par leur guide que je me permet de doubler, ce qui est un peu prétentieux pour quelqu’un qui ne connaît absolument pas l’itinéraire par lequel il passe … Mais j’avance, je croise quelques musaraignes, ce qui me surprend à cette altitude, mais comme quoi, on en apprend tous les jours.

Au bout d’une heure, je commence à ressentir un mal de tête, certainement dû à l’altitude, peut-être que j’avance trop vite, alors quand je croise un autre groupe, malgré leurs invitations à les doubler je refuse, cela me permet de ralentir un peu mon rythme, c’est mon défaut, j’ai souvent tendance à vouloir brûler les étapes … Plus j’avance et plus la nausée est présente, mais je ne ferais pas demi-tour, je ne reculerais pas, je me souviens de cette phrase prononcée par un instructeur au centre d’instruction des commandos marines « la souffrance n’est que passagère, et elle n’est rien à côté du sentiment de frustration provoqué par l’abandon« , ou quelque chose comme ça, quoi qu’il en soit, c’est toujours cette phrase que je me répète lorsque je suis en mauvaise posture. Mais le sommet de La Rodilla est proche, il ne me reste qu’une heure d’ascension avant de l’atteindre, mais la pente qui précède ce sommet est tellement incliné, et le sable qui la recouvre n’arrangeant rien, je glisse et fait systématiquement 1 pas en arrière pour 2 pas en avant, mais j’avance.

J’arriverai au sommet de La Rodilla à 4 heures 30, l’arrivée au refuge de los cien m’aura pris 3 heures, et mon ascension totale 4 heures (au lieu des 5 heures annoncées), je savourerais bien cette petite victoire mais, j’ai commis une erreur dans ma planification, je suis partis trop tôt, le soleil ne se lèvera pas avant 1 heure, et il fait beaucoup trop froid, avec un vent glacial qui vous écorcherait chaque morceau de peau dépassant de vos vêtements que je ne peux me permettre de rester statique. De plus, j’ai toujours cette nausée et ces maux de tête qui ne me demandent que d’entamer la descente, après tout je suis arrivé là où je le voulait, et je pourrait profiter du lever de soleil durant la descente.

Je suis épuisé, m’étant réveillé à 5 heures du matin le samedi pour prendre la route en direction du parc national, je n’ai dormi qu’une petite heure dans ma tente la soirée précédant l’ascension, mes maux de têtes et nausées n’arrangeant rien je sens l’énergie me manquer, alors qu’ils me reste encore 15 kilomètres afin de rallier l’entrée du parc depuis le sommet de La Rodilla, je n’ai maintenant qu’une hâte, descendre et perdre en altitude afin de me sentir mieux, mais cette nausée me prenant énormément d’énergie, je choisi d’user d’une technique qui à largement fait ses preuves à l’aide de deux doigts dans le fond de ma gorge, voilà qui est fait, je me concentre maintenant sur la descente et tâche de rester lucide, parce que la plupart des accidents surviennent lors des descentes, lorsqu’on pense que le plus dur est alors fait, on baisse alors notre garde.

Aujourd’hui, je ressens de la fierté d’avoir relevé ce défi et me sens grandi par cette expérience. Pour autant, cette décision n’engage que moi et je ne recommande absolument pas de se lancer dans ce genre d’expédition, seul, de nuit. Le danger est bien présent, et outre le risque de se perdre lorsqu’on ne connaît pas l’itinéraire, une blessure ou un malaise à cause de l’altitude dans ce genre d’environnement inhospitalier, seul au milieu de cet espace gigantesque et votre vie pourrait basculer en un instant.

Merci de m’avoir lu,

Lucas

Publié par Lucas

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