Le samedi 14 mai 2022, la nuit qui arrivait promettait d’être dure, j’allais m’aventurer dans l’inconnu pour ce qui fut l’expédition la plus difficile que j’ai mené jusqu’ici…
Le volcan Cayambe, le troisième sommet le plus haut d’Equateur, culminant à 5790m d’altitude, connu pour sa difficulté technique, réputé plus difficile que le Cotopaxi pourtant plus haut, je m’attaquais à un monstre.
L’alpinisme ou l’andinisme m’attire depuis longtemps, je veux connaître mes limites et les dépasser, et il n’y a pas meilleur endroit que les hautes montagnes et la Cordillère des Andes pour cela…
Ce samedi 14 mai, on est arrivés au refuge dans l’après-midi, après un moment détente, un dernier repas à 18 heures, le moment était venu d’organiser les cordées et de passer en revue le matériel, chose importante, à cette altitude, dans ces conditions la moindre erreur peut vous faire rater une ascension, ou pire… Il a été décidé que je monterais en première cordés, et que j’ouvrirais le chemin avec Danny, Danny est un alpiniste expérimenté, qui ne paie pas de mine mais qui impressionne par ses connaissances de la montagne ainsi que de par son aisance à évoluer en haute altitude. Ce soir là j’entends encore Lucho lui dire : « Tu seras avec Lucas, tu verras il est fort Lucas, il grimpe vite… » et Pablo lui rétorquer « Oui oui, il est bon Lucas, j’ai déjà grimpé avec lui. » Oui il grimpe vite Lucas, mais sans équipement de haute montagne, et jusque 5000m, au-delà, rien n’a encore été prouvé…
Après les préparatifs et des discours plus motivant les uns que les autres, parce que oui c’est aussi ça la montagne, une solidarité comme j’en ai vu nulle part ailleurs, une fraternité qui vous soude les uns des autres, des liens forts créés par la rudesse de l’environnement.
Il est 20 heures quand le moment de dormir arrive, le réveil sera à 23 heures, mais seulement voilà, un mélange de stress et d’impatience m’empêche de fermer l’œil, et je ne m’endors qu’à 22 heures, 1 heure de sommeil seulement avant de partir.
23 heures, le réveil sonne, il est l’heure. J’enfile mon équipement, Lucho me lance : « Listo pana ? » « Claro mi pana » je lui réponds, j’étais prêt, mentalement et physiquement.
Avant de partir, l’heure de prier, l’heure de demander à la Pachamama la permission de monter le sommet et surtout de nous permettre de rentrer vivant, parce que si l’objectif est d’atteindre le sommet, le principal objectif est de rentrer vivant. Je ne pensais pas prier la Pachamama, ce n’est pas dans ma culture, je suis un français au milieu des équatoriens et je pensais faire à ma manière, mais avec le stress et l’incertitude, je me suis dit : « pourquoi pas, je n’ai rien à perdre » … Alors j’ai prié la déesse de la terre, je lui ai demandé permission de m’aventurer dans ce challenge.
A minuit, c’est le départ, 300 mètres de montée rocheuse nous attendent pour débuter, Danny en tête, Giulia en second, et moi en troisième, voilà comment était organiser notre cordée. Une fois arrivés à 4900m, plus de roche, mais le glacier, j’enfile mes crampons, on s’encorde et c’est partis. Quelques crevasses nous maintiennent concentrés, il fait froid, -15° environ, mes vêtements sont recouverts de glace, mon tuyau reliant ma flasque est gelé et je ne peux donc plus aspirer d’eau, mais je tiens un bon rythme, rythme impulsé par Danny, je me sens bien, j’ai d’excellentes sensations et on a beaucoup d’avances sur les autres cordées.
Mais arrivé à 5300m, d’un coup, je sens mes muscles manquer d’oxygène, puis ma tête, je ressens des douleurs de plus en plus fortes, je fais des pauses, mais plus je monte en altitude et pire c’est, j’ai de forts maux de tête et des nausées, je commence à ralentir les autres, malgré les pauses je sens que mon inexpérience de la haute altitude me fais défaut, je le sais, et je sais aussi que cela peut devenir critique et dangereux dans ces conditions, alors je prends une décision : une fois arrivé à 5450m, je ne peux plus continuer et je redescends, ce fut la fin de mon aventure, je connais désormais ma limite, techniquement je m’en sors bien, physiquement je suis bien, mais je dois trouver le moyen de m’habituer à évoluer à plus de 5500m, voir 6000m.
Sur le retour, malgré les accolades fraternelles de Lucho et Furu, je retenais mes larmes, j’étais déçu, déçu de moi-même, sur l’instant, c’était un échec.
Au petit déjeuner avec les autres, on m’a rappelé que c’était ma première expédition à cette altitude, ma première expédition d’alpinisme, et que j’avais déjà accompli quelque chose de grand, ces mots m’on redonnés de la force, et je suis plus que jamais prêt à m’améliorer et à conquérir les Andes.
Merci à toute l’équipe, merci à Danny, merci à Lucho pour leurs encouragements, ce n’est que le début.
Merci de m’avoir lu.
Lucas.
Cette ascension fut organisée dans le cadre de notre projet de protection des glaciers, le projet Quiturco. Pour plus d’informations: http://quiturco.com/